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Il peut paraître un peu bizarre de parler d'immigration au sujet du peuplement de l'Abitibi. Cependant, dans les années trente, la décision de tout laisser, terre, amis, pays, pour aller occuper ces terres nordiques, constituait un risque semblable à celui qu'encouraient les immigrants venus des pays européens. On ne savait au juste à quoi s'attendre. Pour mon grand-père, Émile Mercier, l'expérience fut, comme pour la plupart des colons, empreinte de multiples difficultés. La rigueur de l'hiver, la mauvaise qualité des premières constructions érigées en hâte en sont des exemples notoires. Toutefois, contrairement à beaucoup d'arrivants qui ne possédaient aucune expérience de la terre, Émile était déjà très aguerri dans ce domaine. Dans les campagnes de St-Luc Dorchester, son village d'origine, l'agriculture en cette première partie du 20e siècle se résumait souvent à la production de denrées alimentaires pour assurer la survie de la famille. Seulement les "surplus" étaient vendus et procuraient de quoi acheter ce que la terre ne pouvait produire. Il s'agissait d'agriculture de subsistance. L'Abitibi de cette époque ne pouvait offrir beaucoup mieux que le comté de Bellechasse. Sauf quelques roches en moins, particulièrement dans la plaine argileuse du secteur de Palmarolle, à proximité du vaste lac Abitibi.
"En ce pays d'Abitibi, mon grand-père décida d'immigrer en l'année 1935. Après avoir vendu sa terre de roche, sise en contrefort des Appalaches, il prit, accompagné de sa famille, les "gros chars", et vint s'établir à Palmarolle, sur une terre argileuse, héritage millénaire des glaciers. Bien entendu, Émile n'avait pas pris cette décision sur un coup de tête. En homme avisé et prudent, il avait d'abord entrepris le long voyage en train vers la terre promise, afin de venir se faire lui-même une idée du potentiel réel de l'Abitibi. À cette époque, où la Grande Dépression sévissait un peu partout, le rêve d'un mieux être occupait bien des esprits. Aussi, nombre des amis d'Émile s'étaient-ils mis en tête d'aller habiter ce nouveau territoire là-bas, très loin au nord. Depuis, les nouvelles affluaient de la colonisation. On parlait de belles terres, pas de roches, où on avait seulement à bûcher et essoucher pour ensuite cultiver. Mon grand-père débarqua, au terme de l'interminable périple sur rail, à la gare de La Sarre. Il monta ensuite à bord du camion de la poste, seul moyen de transport disponible et arriva finalement à Palmarolle, petit village constituant l'étape finale du voyage.
Arrivée de la famille à Palmarolle Arrivé à Palmarolle le 23 juin 1935 avec son épouse et ses trois fils, Paul-Emile, Olivier et Joseph-André, Émile se met à la tâche pour rendre la maison habitable et construire une étable en bois rond pour abriter le cheval le taureau et les trois vaches apportés de St-Luc. On érigea aussi une grange pour entreposer le foin. Il faut travailler d'une clarté à l'autre pour défricher et faire les constructions. A l'automne, Émile et son fils aîné vont au chantier avec le cheval. Le salaire est d'environ 35$ par mois pour les hommes de 15$ pour le cheval. Ceci permet d'apporter l'argent nécessaire pour l'amélioration de la ferme. Il y avait dans le temps le "plan Vautrin", programme gouvernemental destiné à favoriser la colonisation de l'Abitibi et qui aidait les arrivants à s'établir. Les frais de transport par train de Québec à La Sarre, celui des personnes et du char à bagage de même que la construction de la maison étaient payé par l'état jusqu'à concurrence d'environ 500$. |
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Émile et ses fils défrichèrent et employèrent la clarté du jour pour faire le travail qui les attendaient. En 1937, on construisit une grange-étable de 36' par 50' pour abriter les animaux et les récoltes. Il s'agit maintenant de bâtiments permanents et non de temporaires comme ceux dont nous avons parlé plus haut. En 1939, il fit acquisition d'un autre lot, le no 41, afin d'établir son fils aîné, Paul-Émile. Comme on achevait la construction de la grange sise sur ce nouveau lopin, Émile fut atteint d'un mal d'estomac qui força son hospitalisation. Il décéda deux semaines plus tard. À 50 ans, c'est un pionnier infatigable et déterminé qui disparait.
Olivier, le deuxième des fils, il suivra également un cours moyen à l'école d'agriculture de La Ferme de 1937 à 1939. Il fera l'élevage d'abeilles et, après la mort d'Émile, en 1942, il demeurera avec sa mère. En 1945, il suivra un cours de coopération à Sherbrooke sous la supervision du Chanoine Malouin. Il apprendra également la comptabilité des caisses populaires et des sociétés coopératives et deviendra directeur gérant de la Caisse populaire de Palmarolle et secrétaire de la coopérative de beurrerie de la même localité. En 1946, à la fondation du syndicat de travail qui opère les chantiers coopératifs, il y occupera le poste de secrétaire qu'il conservera durant 15 ans. Comme Olivier préfère le travail au grand air, il laissera ce travail en 1947 à son frère André qui avait suivi un cours de coopération à l'université Laval. En 1948, il refusera un travail à la caisse populaire d'Amos et achètera de sa mère le lot 41 (le lot qui avait été échangé avec Paul-Émile). Il choisira donc la carrière d'agriculteur à celui d'employé salarié. Le 23 juin de la même année, il unit sa destiné à celle de Marguerite Bédard, fille d'un habile charpentier de Palmarolle et originaire de Ste-Germaine du lac Etchemin. Mme Léa Audet, mère d'Olivier, restera avec son fils jusqu'en 1985 et décédera en 1987 à l'âge respectable de 93 ans. Ce fut le début de ce qui est aujourd'hui la ferme Olivier Mercier et fils inc. Olivier a continué à oeuvrer dans les organisations paroissiales. Il sera aussi secrétaire du syndicat de l'Union catholique des cultivateurs (UCC) et président de secteur de l'UPA de 1974 à 1981. De 1955 à 1957, il fit un retour comme gérant de caisse populaire. Aujourd'hui retraité, Olivier s'implique dans le club de l'âge d'or depuis 1989 et a continué la comptabilité de la ferme jusqu'en 1997. Sur la ferme, il s'occupe encore, de façon occasionnelle, du fauchage et des battages. Il est difficile à arrêter. |
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